Sidoine Appolinaire

 

Sidoine Appolinaire

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Sidoine Apollinaire naît en 430 à Lyon dans une famille de notables gallo-romains. Son père Alcime Apollinaire, comme son grand-père et son arrière-grand-père, ont ainsi occupé la charge de préfet du prétoire des Gaules3. Son grand-père est le premier de la famille converti au christianisme, d'après l'épitaphe que Sidoine a composé pour empêcher la récupération du site où se trouvait la tombe de son ancêtre4. Comme l’ensemble de ses semblables gallo-romains, Sidoine reçoit une éducation désormais très lacunaire mais riche en poésie5. Nourri abondamment par les vers d’Ovide et de Virgile, il s’impose rapidement comme l’un des poètes les plus fameux du siècle. Son talent devient particulièrement recherché par les personnalités officielles les plus illustres.

 

En épousant Papianille en 452, le jeune poète s'apparente à l’une des familles les plus influentes de Gaule : celle des Avits6.

Heurs et malheurs politiques

Représentation de saint Sidoine Apollinaire, église d'Aydat.

Favorisé par la conjoncture politique et l’appui de la faction wisigothique, Avitus, désormais beau-père de Sidoine Apollinaire, devient empereur en 456 et fait de son gendre son panégyriste officiel7. La fortune ne favorise cependant pas durablement le poète gallo-romain puisque son champion Avitus est vaincu à Plaisance par les forces conjuguées de Majorien et du gotho-suève Ricimer.

Nouvel empereur en 457, Majorien se montre pourtant clément envers Sidoine et choisit de profiter d’une plume aussi demandée. Protégé par sa notoriété, Sidoine saura néanmoins se montrer reconnaissant envers son nouveau protecteur et lui consacre un nouveau panégyrique, célébrant un empereur énergique et volontaire, notamment dans son action contre les Vandales installés en Afrique8. Là encore, la félicité n’est que de courte durée puisque Ricimer, avec lequel Majorien était associé, fait assassiner l’empereur pour en installer un autre plus docile : Libius Severus.

Ne souhaitant pas participer davantage à la vie publique dans un climat aussi orageux, le panégyriste choisit de se retirer dans sa villa d’Aydat nommée Avitacum (domaine d'Avitus), près d'Arvernis. Il se livre là aux plaisirs studieux de l’otium pendant sept ans et fréquente même la cour du roi wisigothique Théodoric II à Toulouse.

Le retour de Sidoine dans les affaires publiques coïncide avec l’avènement du nouvel empereur Anthémius auquel il consacre un nouveau panégyrique en 4679. En récompense, le poète est nommé préfet de Rome pour l’année 468. Son séjour dans l’Urbs n’est pourtant pas à la hauteur de ses espérances. Depuis la prise de Carthage par les Vandales de Genséric en 439, Rome n’est plus en effet approvisionnée en blé africain et peine à nourrir sa population. Sidoine Apollinaire doit ainsi faire face à d’importantes famines et à des mécontentements populaires qui l’empêchent de s’illustrer comme il le voudrait10. Après un an seulement, Sidoine retourne en Gaule.

Là encore, Sidoine se retrouve exposé à la polémique puisqu’il s’engage dans la défense de son ami Arvandus, à qui il est reproché d’avoir exhorté le roi wisigoth Euric à attaquer l’empereur Anthémius. La condamnation du traître, auquel est associé Sidoine, contribue à faire du panégyriste un infréquentable notoire.

Pourtant, le poète est immédiatement pressenti pour remplacer Eparchius comme évêque de Clermont en 470. Les prérogatives de l’évêque sont alors très importantes, dans le domaine religieux bien sûr, mais également dans les domaines politiques, diplomatiques et administratifs11.

C'est précisément dans ce cadre que le nouvel évêque organise, conjointement avec Ecdicius, la défense de la ville de Clermont de 470 à 475 face aux troupes wisigothes du roi Euric, désormais hostiles au pouvoir romain12.

La ville tombe aux mains des Wisigoths et Sidoine Apollinaire se retrouve une nouvelle fois dans une position très inconfortable. L’évêque est emprisonné pendant deux ans avant de pouvoir retrouver la liberté, au prix de quelques louanges forcées d'Euric, sur le modèle de ses anciens panégyriques13.

La fin de sa vie est plus discrète et plus éloignée du tumulte politique où sa naissance l'avait placé.

Sidoine Apollinaire meurt en 486 âgé d'environ 56 ans.

Une personnalité et un parcours à l'image du siècle[modifier | modifier le code]

Ses poèmes et ses lettres demeurent une des principales sources romaines du ve siècle et un témoignage unique pour l’historien s’intéressant aux derniers temps de la poésie latine classique. L’œuvre de Sidoine explicite également les changements d’un monde en mutation, ni tout à fait romain, ni tout à fait médiéval. Son témoignage est donc multiple : à la fois littéraire, social, philosophique et politique.

Poète raffiné et mondain, Sidoine Apollinaire demeure profondément attaché à l’ancienne culture romaine. La foi chrétienne n’a en effet que peu d’influence sur sa production littéraire et sur son engagement politique14. Théologiquement simple, Sidoine se montre assez peu concerné par les questions religieuses, chose assez rare parmi les intellectuels du Bas-Empire. Aussi, sa qualité d’évêque ne doit pas induire en erreur : Sidoine n’est en rien comparable aux Pères de l’Église catholique des ive et ve siècles.

Son engagement politique l’oriente principalement vers la préservation de la culture latine (précisément des belles lettres et de la poésie). Souvent donné en exemple comme archétype de l’auteur « barbarophobe » et réactionnaire[source détournée]15, le poète se révèle pourtant comme une personnalité plus ambiguë, comme en témoigne son soutien à Théodoric II ou à Arvandus. Plus que tout autre auteur du ve siècle, Sidoine Apollinaire paraît incarner avec justesse toutes les contradictions propres à la fin du monde romain.

Écrivant en latin, Sidoine Apollinaire puise son inspiration parmi de nombreux auteurs romains anciens ou plus récents : VirgileOvide ou Tacite figurent ainsi parmi les références explicites les plus anciennes. Pline le Jeune (avec son Panégyrique de Trajan), a fourni le modèle-type du panégyrique. Les modèles plus récents se nomment Claudien (en ce qui concerne l’art poétique) ou Symmaque (en ce qui concerne le style de la correspondance).

Caii Sollii Apollinaris Sidonii Opera.tif

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

Les Carmina (Poèmes) regroupent 24 poèmes, tous écrits avant 469 (Sidoine ne pouvant pas, selon l’éthique ecclésiastique, continuer de s’adonner à la poésie après sa prise de fonction en tant qu’évêque). Parmi eux y figurent les célèbres panégyriques d’Avitus, de Majorien et d’Anthémius (sur le modèle du Panégyrique de Trajan) ainsi qu’une multitude d’autres poèmes, souvent plus courts, dédiés à des personnalités régionales. Vers 470, Sidoine Apollinaire écrit un poème à son ami Fauste, abbé de Lérins, qui permet d’identifier le site de Saint-Maurin (La Palud-sur-VerdonAlpes-de-Haute-Provence)16.

Les Epistulæ (Lettres) constituent quant à elles une solution permettant à Sidoine de garder contact avec les belles lettres entre 469 et 482. Destinée à la publication, cette correspondance est donc loin de se rapprocher de la correspondance « courante ». Sur le modèle de celle de Symmaque, celle-ci concentre les papiers les plus fameux, censés attester de la virtuosité littéraire de son auteur et de la sincérité de son engagement politique. La plupart des lettres sont adressées à des personnalités issues de l’aristocratie gallo-romaine.