Il était une fois l’Auvergne
La fin de l’antiquité est marquée par deux grands événements : la christianisation et les invasions barbares. Selon la légende transmise par Grégoire de Tours, premier historien français, natif de l’Auvergne, c’est Saint Austremoine1 qui évangélise l’Auvergne au IIIe siècle.
Grégoire de Tours2 qui écrit au VIe siècle seulement, cite un premier raid Alaman en Avernie vers 250. Ce raid laisse ruines, incendies, déplacement de l’habitat vers les hauteurs. Le IVe siècle paraît plus calme, ce qui permet à Augustonemetum (Temple d’Auguste) de perdre son nom romain pour prendre jusqu’au Xe siècle celui d’Arverna3, c'est-à-dire le nom de son peuple d’origine (Arverne), à l’image de Lutèce devenue Paris du nom de Parisis.
En 406, les vandales traversent et ravagent l’Auvergne. Ils sont suivis des Wisigoths et des Francs. Seule autorité restée en place, l’Eglise assure tant bien que mal un minimum de protection. L’Antiquité s’achève donc, comme un peu partout en Gaule, dans le chaos politique et la violence.
En 450 est construite la première cathédrale à Clermont par l’évêque Namace, ce qui contribua à développer le christianisme dans la région. Elle sera détruite par Pépin le Bref en 761. Il en subsiste le Mur des Sarrasins.
Au cours du IVe siècle, les empereurs Constantin puis Théodore favorisent le culte des chrétiens au point d’en faire la religion officielle. Le monothéisme permet l’organisation d’une institution ecclésiastique, hiérarchisée dont la tête est l’empereur. Cette hiérarchie n’étant pas acceptée de tous, Constantin provoquera le premier concile de Nicée en 325 et celui-ci imposera les évêques comme supérieurs hiérarchiques aux prêtres. Ce concile adoptera le principe de la trinité(le Père, le Fils et le Saint-Esprit). Principe qui provoquera bien des remous car certains ne vont pas accepter que le Fils soit placé au même niveau que Dieu.
A l’époque, les évêques peuvent se marier. Les privilèges du clergé sont importants, exempté d’impôts et de toute charge civile. Au Ve siècle, le nombre de chrétiens ne cesse de croître, la fonction épiscopale s’alourdit.
La puissance mérovingienne s’impose à la fin du Ve siècle avec le règne de Clovis, roi des Francs, destructeur de la puissance romaine et vainqueur des Alamans à la bataille de Tolbiac en 496. Il défit les Wisigoths à Vouillé en 507 et ses fils n’eurent plus qu’à renverser le royaume des Burgondes pour achever de fonder l’empire Franc. A la mort de Clovis, ses fils partagèrent celui-ci en 4 régions.
L’Auvergne est conquise par Clovis en 507. Elle passe ensuite à son fils Thierry, roi d’Austrasie au début du VIIIe siècle pour retrouver l’antique Aquitaine et pour échapper à l’autorité franque. La réintégration dans le royaume franc s’opère brutalement en 761 et 767. A cette époque, Pépin le Bref ravage l’Auvergne à deux reprises. Cette reconquête est suivie d’une remise en ordre politique favorable à la paix.
En 781, Charlemagne crée le royaume d’Aquitaine comprenant l’Auvergne. A la mort de Pépin le Bref en 839, les grands d’Auvergne et d’Aquitaine se soulèvent afin de préserver leur autonomie. L’insécurité revient après plus de soixante ans de calme et de renouveau économique.
Les raids normands atteignent la région au milieu du IXe siècle, en 864 et surtout en 923. Ils contribuent au désordre même s’ils restent limités et sans lendemain. C’est vers le XIe siècle, que la paix revient et elle permet de voir éclore un très grand art roman profondément auvergnat3
Dès la fin du XIe siècle, tous les endroits stratégiques vont se hérisser de tours, fortifications, places d’armes, châteaux forts, pour surveiller l’horizon. Chaque vallée est mise sous surveillance, chaque piton rocheux fortifié.
L’abbaye d’Aurillac (Cantal) est créée en 894 par le comte saint Géraud. C’est un foyer d’études de premier plan. De ce monastère sortira Gerbert et deviendra le premier pape français sous le nom de Sylvestre II de 999 à 1003. Il était un des grands génies du Moyen Âge ; d’une grande intelligence, il fut le premier à introduire Aristote en Occident, rapporta en Europe le système décimal. Il a laissé des traités Ecclésiastiques et de Mathématiques.
D’autres abbayes sont fondées dans le Cantal, celles de Montsalvy et de Vic sur Cère. Ainsi, l’Auvergne se couvre d’établissements religieux. Les villages vont se construirent autour de ces édifices, considérés plus sûrs. Les lieux de dévotions attirent les foules qui se pressent pour admirer les reliques de saints. Les pèlerins affluent à Aurillac pour prier devant la sépulture du Comte Géraud.
De l’abbaye de Cluny sortira le pape Urbain II. Celui-ci réunira le Concile de Clermont et prêche la première croisade
1 – Saint Austremoine (Stremonius) fait partie des sept évêques envoyés par Rome pour évangéliser la Gaule en 251.
2 - Grégoire de Tours est issu d’une famille aristocratique arverne. Il résida dans la basilique Saint-Julien de Brioude jusqu’en 573, date à laquelle il est élu évêque de Tours.
3 - Une information différente précise que Clermont porte son nom depuis 848, par référence au site défensif : Clarus Mons-Clairmont.
4 - À l’approche de l’an 1000, les gens fortunés croyant en la fin du monde vont procéder pour le salut de leurs âmes à des dons que l’Eglise mît à profit pour lancer la construction de beaucoup d’édifices, ce qui explique le renouveau du XIe siècle dans l’art roman..